15 mai 2017

[ Épisode 2 ] Lucile Comptour sur le chemin du malt

[ Épisode 2 ] Lucile Comptour sur le chemin du malt
Lucile Comptour, accompagnée de son mari Alexandre (à sa gauche), testera son premier malt dans la brasserie de Charlie Leroux installé à Blesle en Haute-Loire (à sa droite). © Photos Sylvie Pallot

Vous vous souvenez de Lucile Comptour ? Vous savez, cette trentenaire qui roule sur l’orge pour devenir malteuse. Les semaines passent et la conviction de Lucile grandit chaque jour un peu plus. Nous avons à nouveau croisé son chemin à l’occasion de Festibière pour faire le point.

 

Quand on débarque à Polydôme une chaleureuse ambiance maltée règne dans les allées de la deuxième édition de Festibière qui a poussé les murs pour faire le pari d’un public plus nombreux. La bière coule à flot et le public est au rendez-vous de ces passionnés du houblon. En se baladant, on découvre, discrète, Lucile Comptour discutant avec des brasseurs amateurs intéressés par son projet de malterie implantée à Saint-Germain-Lembron. Une présence soutenue par Jean-Marc Cayla, organisateur du Festival clermontois qui explique avec passion : « J'ai rencontré Lucile à l'occasion de la Chope du Lembron en novembre dernier. Je trouve son projet parfaitement en phase avec l'engouement économique de la région pour les micro-brasseries. C'était pour moi évident de l'encourager à offrir cette nouveauté en Auvergne. »

Lire l’épisode 1  - La première malterie auvergnate en cours de gestation

 

Le salon Festibière est l'occasion pour Lucile de présenter sa malterie aux brasseurs amateurs.

 

La jeune femme explique ravie : « Ce week-end j’ai surtout des contacts avec les brasseurs amateurs pour qui je ferai du sur-mesure. Ces rencontres me permettent d’’affiner ma gamme de produits pour les amateurs qui ont besoin de petits conditionnements de 5 kg, contrairement aux professionnels. » Des professionnels auvergnats représentés en petit nombre pour ce festival à vocation nationale voire internationale, mais l’occasion pour Lucile de renforcer les liens déjà établis.

 

Festibière

[Festibière] Festibiere de Clermont-Ferrand Festibière Des saveurs du monde entier dans un seul verre... de bières ! Photos : Fred Marquet

Publié par La Montagne Images sur samedi 6 mai 2017

 

Parmi ces brasseurs professionnels, Charlie Leroux de La Damoiselle qui compte bien soutenir Lucile dès le lancement de sa malterie en septembre : « Depuis qu’on est installés, on a à coeur de recréer un tissu local riche autour des professionnels de la bière. Ce qui manquait dans la région c’est une malterie. Lucile arrive à point nommé ! » Concrètement Charlie Leroux apportera à Lucile les céréales qu’il se procure auprès de quatre agriculteurs bio de la région. La jeune femme interviendra ensuite pour malter l’orge de La Damoiselle installée à Blesle en Haute-Loire. Une collaboration complice qui transformera son essai en septembre se réjouit la future malteuse : « Une fois mes machines installées on va les tester avec Charlie en produisant une bière avec le premier malt qui en sortira. J’ai hâte ! »

En attendant, Lucile poursuit son chemin jonché de questionnements. « Est-ce qu’on choisit le bon moment pour ouvrir, les bons partenaires, la bonne communication ? » Des doutes que son mari Alexandre tente d’effacer en la soutenant au quotidien, précisant admiratif : « c’est du boulot chaque jour, mais elle est à fond. On prend les décisions ensemble, c’est un projet familial, même si c’est Lucile qui est aux commandes. Il m’arrive quand même de me lever la nuit pour prendre des notes ! »

> Du matériel sur mesure acheté dans la région

Des questions qui trouvent des réponses au fur et à mesure des décisions qui se concrétisent. « J’ai quasiment choisi tout mon matériel. Je me procurerai la cuve, le système de chauffage, de stockage des céréales chez des partenaires locaux, dans un souci de proximité. C’est important pour moi de faire travailler les acteurs régionaux. » Son matériel Lucile le choisit aussi  en fonction de sa praticité. A l'image de la suceuse à grains, sorte de gros aspirateur à grains pour transvaser les céréales plus facilement, d’un point à un autre. Ou encore un quai de chargement, pour que la palette descende au fur et à mesure que Lucile posera les sacs de 25 kg. Très utile pour ne pas faire trop d’efforts. « C’est un gros investissement, mais c’est indispensable pour que je puisse travailler dans de bonnes conditions. »

> Se former pour appréhender ses limites

Parlons budget. Soit une enveloppe de 140.000 euros que la jeune femme espère boucler d’ici les semaines à venir, grâce au soutien des banques qui ont répondu présentes à son projet. Et si le blé est le nerf de sa guerre de future entrepreneuse, Lucile sait parfaitement qu’elle a également besoin de se former chaque jour pour optimiser ses compétences.

C’est ainsi que la malteuse auvergnate a suivi un stage en malterie, ravie de ce qu’elle a appris. « Ça m’a permis de connaître le travail en gros volume et de découvrir mes limites. » Et hop, une autre formation dispensée par la Chambre de métiers sur la création d’entreprise, sur le plan juridique, commercial et la communication. « Cette fois-ci j’ai pris conscience que j’avais négligé quelques détails, sous-estimé d’autres tel que le budget de communication. » Lucile rectifie le tir et c'est reparti !

D’ici juillet Lucile prendra à nouveau sa casquette d’apprentie en se lançant dans la création et l’administration de son site internet via la Chambre de métiers. Juillet sonnera également l’heure de la création juridique de sa société qui lui permettra de commander son matériel. Et le mois d’octobre arrivera très vite pour démarrer officiellement sa production. En attendant, Lucile sait qu’elle pourra compter sur les brasseurs professionnels dont les promesses de commande lui permettent de se projeter sereinement sur les six premiers mois de production. « J’espère produire environ 100 tonnes de malt sur la première année. Et je constate que les agriculteurs auvergnats sont prêts à faire de l'orge brassicole. » Tous les espoirs sont donc permis !

► Malterie des Volcans - Lucile Comptour Tél. 06 80 18 50 22 - lucile.comptour@gmail.com. Sur Facebook @lamalteriedesvolcans.

 

Un soutien précieux des organisateurs de Festibière

Dominique Thomas de l'Empire du Malt à Clermont (à gauche) et Jean-Marc Cayla (au centre) président de Vulcan Event, tous deux co-organisateurs de Festibière, sont des fans de la première heure du projet de Lucile. 

Dominique Thomas est à l'origine de Festibière. Il explique. « A l’époque soufflait un vent nouveau venu de Californie, avec des brasseurs qui faisaient de la bière artisanale dans l’ouest américain. Ça s’est ensuite développé au Canada, avec notamment le Festibière de Québec depuis 2010. Beaucoup se sont pris au jeu et ont quitté leur boulot pour changer de vie. Les gens sont en recherche d’authenticité, de nouveauté. On prévoyait 700 brasseries en France en 2017, alors qu’il y en avait déjà 1000 en 2016. Organiser un Festibière en Auvergne était donc une évidence ! »

Chope du Lembron. Jean-Marc Cayla préside l'association qui organise également La chope du Lembron, dont la deuxième édition est prévue le troisième week-end de novembre, avec plus d'une douzaine de brasseurs exclusivement auvergnats. Une nouveauté cette année, les brasseurs amateurs pourront confronter leurs production à l'occasion d'un concours dont le lauréat se verra parrainer par un brasseur professionnel et repartira avec un brassin de 100 litres pour fabriquer sa propre bière.

 

Sylvie Pallot
sylvie.pallot@centrefrance.com

La Localerie