18 avril 2017

À la rencontre des chauves-souris en Auvergne

À la rencontre des chauves-souris en Auvergne
Le site de Compaing, entre Thiézac et Saint-Jacques-des-Blats, constitue un espace de vie de choix pour les chauves-souris. Celles-ci se rencontrent également sur trois autres sites Natura 2000 cantaliens : Palmont (entre Saint-Martin-Valmeroux et Fontanges), Lacoste (Rézentières) et Salins (Le Vigean).

Souvent méconnus, les chiroptères sont des garants de la biodiversité. En Auvergne, ils sont étudiés par le Conservatoire d’espaces naturels, également chargé de la gestion des sites Natura 2000.

Le printemps est de retour. Les températures s’adoucissent, les oiseaux chantent, les bourgeons éclosent… et les chauves-souris sortent d’hibernation. Ces animaux méconnus sont suivis de près par le Conservatoire d’espaces naturels (CEN) Auvergne, qui possède une antenne comptant trois personnes à Neussargues (Cantal).
« Les chauves-souris sont fascinantes. Elles volent avec leurs mains (*), et utilisent l’écholocalisation : c’est unique dans le règne animal », décrit François Puech, chargé de mission au sein de la petite équipe.

Des contrats passés avec les agriculteurs

Dans le Cantal, plusieurs sites Natura 2000 constituent des habitats de choix pour ces mammifères nocturnes. Celui de Compaing par exemple, qui se trouve entre Thiézac et Saint-Jacques-des-Blats, représente un terrain idéal : il fourmille de granges et autres vieilles bâtisses, résidences d’été des chauves-souris. « Elles passent la saison estivale dans les combles des maisons, confirme le chargé de mission. Elles ont leurs habitudes, et elles sont très fidèles aux lieux qu’elles ont trouvés. »

Dès qu’ils sont réveillés, les chiroptères rejoignent une rivière pour s’abreuver (les cours d’eau, survolés d’insectes, font aussi de bons terrains de chasse). Ils prennent toujours le même chemin, en suivant les haies bordant les champs. Les régions d’élevage sont particulièrement favorables à la présence des chauves-souris, car les insectes attirés par les déjections des ruminants figurent à leur menu. « Si les éleveurs traitent leurs vaches avec trop d’antiparasitaire, ça tue aussi les autres insectes et ça impacte les populations de chauves-souris », précise François Puech.

Afin de veiller à la bonne santé de l’écosystème justement, le CEN Auvergne travaille beaucoup avec les agriculteurs. « On met en place des mesures agro-environnementales et climatiques. » Des contrats de 5 ans sont passés avec les volontaires dont les parcelles se trouvent sur un site Natura 2000, notamment pour limiter la fertilisation des sols, et conserver les haies. Dans la même optique, les propriétaires forestiers sont invités, par le biais de contrats de 30 ans, à laisser vieillir les arbres dans des « îlots de sénescence » qui fournissent des troncs creux aux chiroptères.

Le CEN sensibilise également le grand public en organisant entre autres des soirées permettant de « rencontrer » des chauves-souris, à l’aide de détecteurs d’ultrasons.

 

LES CEN  

Mission. L’animation des sites Natura 2000, outil de l’Union européenne pour prendre soin de la biodiversité, est l’un des rôles des Conservatoires d’espaces naturels. Ils accompagnent les élus, propriétaires et agriculteurs pour créer un réseau d’espaces naturels.

Organisation. Basé à Riom (Puy-de-Dôme), le CEN Auvergne compte 25 salariés. Il s’étend sur les départements du Puy-de-Dôme, du Cantal et de la Haute-Loire. L’Allier possède pour sa part un CEN départemental.

 

(*) Le nom chiroptère vient du grec chiro- (préfixe indiquant un rapport avec la main) et -ptère (ailes).


Hélène Meignin
Photos Lucie Paulus

La Montagne 16/04/2017

 

L’Auvergne, bastion de la biodiversité  

L’Auvergne compte 29 espèces de chauve-souris, sur les 35 présentes sur le territoire national. « La région est un véritable bastion de la biodiversité », décrit Florence Crombecque, chargée d’animation au sein de l’association Chauve-souris Auvergne, qui a pour ambition l’étude et la conservation des chiroptères. La structure travaille en partenariat avec les CEN mais aussi avec l’association Panse-bêtes (Chamalières), qui s’occupe des animaux sauvages blessés. On trouve en Auvergne la plus grosse chauve-souris française, la grande noctule (50 cm d’envergure), et le plus petite, la pipistrelle. La richesse de cette faune s’explique par la diversité des habitats de la région : forêts, montagne, plaines cultivées… Dans le Cantal, l’espèce la plus emblématique est le petit rhinolophe. De la taille d’un oeuf de poule, il loge notamment dans les caves, greniers et celliers. François Puech, du CEN Auvergne, décrit les chauves-souris comme des « sentinelles de l’environnement ». Leur présence indique une population d’insectes suffisante (qu’elles régulent en les consommant), et un écosystème équilibré. En France, elles font partie des espèces protégées.