02 février 2017

L'industrie laitière, poids lourd auvergnat

L'industrie laitière, poids lourd auvergnat
La fromagerie de Pierrefort - © Photo d'illustration Fred Marquet

Avec près d'un milliard d'euros, l'industrie laitière réalise, à elle seule, 35 % du chiffre d'affaires de l'agroalimentaire auvergnat. Même si en terme de valeur ajoutée, la filière lait est supplantée par l'industrie des boissons avec 33 % contre 25 %, elle reste un pilier de l'activité économique régionale et génère plus de 2.900 emplois.

 

« L'Auvergne produit 1,2 milliard de litres de lait par an. Sur ce chiffre, 200 millions sont transformés en lait UHT et un milliard en fromages, décrypte Michel Lacoste, président de l'association des producteurs de lait AOP d'Auvergne. Avec 225.000 vaches laitières, l'Auvergne était la cinquième région française assez loin derrière la Bretagne (750.000), les Pays de la Loire (550.000) et la Normandie (550.000). Depuis la fusion avec Rhône-Alpes, dont le cheptel est de 275.000 têtes, nous avons recollé à ce peloton de tête. Cela nous donne du poids. »

« L'Auvergne compte une quarantaine d'ateliers de transformation. La moitié d'entre eux appartient à trois grands groupes : Sodiaal, Lactalis et Bongrain. La vingtaine d'autres relève de PME familiales comme Thaire ou Dischamp, poursuit Michel Lacoste. Notre filière, qui a connu une longue période de stabilité, est entrée ces dernières années dans une ère de volatilité des prix. Nous subissons de plein fouet les mouvements de valorisation des grands marchés mondiaux. »

> L'avenir de la filière lait auvergnate passe par la qualité

Une volatilité qui a eu des conséquences inattendues. « Quand, en 2014, le prix de la poudre de lait flambait, nos PME souffraient pour suivre les cours mondiaux dans la mesure où elles valorisent essentiellement leurs produits sur le marché national. Aujourd'hui, nous connaissons un retournement de situation du fait de l'embargo russe, de la baisse de la demande chinoise et de l'explosion de la production européenne après la fin des quotas. Et dans ce contexte, ces PME, qui ne sont pas placées sur le grand export, souffrent moins que les groupes plus importants », complète le président de l'association des producteurs de lait AOP d'Auvergne.

Avec des coûts de production et de collecte supérieurs à ceux des autres grandes régions productrices de France et a fortiori d'Europe, l'avenir de la filière lait auvergnate passe plus que jamais par la qualité. « Nous avons besoin de nous inscrire sur une stratégie de différenciation. Nous sommes depuis deux ans dans une crise dont nous ne voyons pas le bout. Mais pour aller dans cette voie-là, les acteurs de la transformation doivent jouer le jeu, insiste Michel Lacoste. Notre avenir est également lié à l'accompagnement des pouvoirs publics pour les productions de montagne. Nous sommes sortis des quotas avec une libéralisation tout azimuts. Nous sommes confrontés à un niveau de compétition nouveau pour nous. Nous avons donc besoin d'un accompagnement financier pour moderniser les exploitations et accélérer le mouvement sur les démarches de différenciation. Car dans une logique d'un lait vu comme une matière première non différenciée, comme un minerai, l'Auvergne aura du mal à trouver sa place. Nous ne demandons pas d'être en dehors du marché mais dans un marché qui corresponde aux débouchés de nos produits. »