15 avril 2017

La Semblada, un habitat groupé version circuit court

La Semblada, un habitat groupé version circuit court
La Semblada, le projet en construction de sept familles : cinq couples, deux sexagénaires, treize adultes et douze enfants. © Photo La Semblada

À l’heure du covoiturage et des circuits courts, zapper le promoteur pour se construire un chez-­soi sur mesure et partager sa buanderie avec ses voisins n’est plus une utopie. Exemple à Clermont­-Ferrand.

 

« Les travaux ont commencé, on ne peut plus revenir en arrière. » Christine Bouznif et Anne­-Laure Stanislas se disent « soulagées » : « Jusqu’aux premiers coups de pelle, on ne pouvait être sûr à 100 %. » Dans un an, l’une et l’autre seront voisines à Trémonteix, sur ces coteaux clermontois aux allures de ville à la campagne.  Des voisines mais pas comme on l’entend d’ordinaire. Avec cinq autres familles – 13 adultes et 12 enfants – elles partageront le local à vélos, la buanderie, la chaudière mixte à granulés et à bois, l’atelier, le jardin… et les voitures. 

 

« On peut compter les uns sur les autres. »

 

Depuis des mois – le projet d’habitat groupé est né en 2011 – les deux femmes ont appris à se connaître, à s’apprécier. Car, mis à part un frère et une sœur, les futurs habitants de La Semblada, immeuble sur mesure, n’avaient aucun lien entre eux. Juste une envie très forte de vivre autrement. Qu’est-ce qui les a poussés, précisément ? « Je venais de divorcer et je me voyais mal vivre seule », explique Christine, maman de deux grands enfants et jeune grand-­mère de 60 ans. L’enseignante en maternelle imagine bien, maintenant, sa vie après l’école.«On peut compter les uns sur les autres. Je pourrai par exemple garder les enfants à l’occasion. Je les ai connus bébés, ils sont aujourd’hui à la maternelle, les voir grandir, devenir des adolescents, voilà ce qui m’intéresse. Pour nos âges, c’est bien d’être entouré de jeunes. »

 

 

Anne-­Laure, Michel, son mari, et leurs enfants, de 2 et 4 ans, sont montés dans le train en marche, en 2014. « L’idée, c’est du bon sens : un habitat partagé, écologiquement évolué, peu gourmand en énergie, sans trop d’emprise foncière, dans un quartier sympa (*). » Dans ce choix, la jeune femme ne voit aucune contrainte « à part les dé­lais ». Et encore, relativise-t­-elle avec humour : «On a bien fait d’attendre puisqu’on a gagné des taux d’intérêt plus bas. C’était un mal pour un bien ! »

Le plus dur ? « Trouver la banque », répondent­-elles en chœur. La frilosité devant la nouveauté ? Toujours est-­il que seul le Crédit Mutuel s’est montré capable de répondre aux attentes financières de chacun. Pour un tel projet, sans promoteur, il faut pouvoir compter aussi sur un bon notaire et un architecte qui ne craint pas les allers et retours. « Nous sommes des empêcheurs de tourner en rond », plaisante Christine.

Avec le sens de la synthèse, Simon Teyssou (Atelier du Rouget) a su dégager les dénominateurs communs : sur un terrain à forte pente, il a conçu quatre duplex ouvrant sur le jardin et trois simples accessibles par le haut du terrain et dotés d’une galerie. Un patio forme un grand préau pour placer des tables ou abriter les jeux des enfants. La structure et le bardage sont en douglas, les menuiseries extérieures en pin sylvestre – tous deux exploités localement –, l’isolation en ouate de cellulose.

« Dans la dentelle »

Sans se substituer à l’architecte, les compétences des uns et des autres–architecte, conducteur de travaux, urbaniste, contrôleur de gestion, spécialiste des questions juridiques… – ont permis à La Semblada de se passer d’assistance à maîtrise d’ouvrage. Une économie substantielle. Le 11 avril 2018, l’immeuble sera livré à ses propriétaires. Il leur restera encore à aménager leur intérieur. « Chacun a pu choisir plus ou moins de finitions. On a vraiment demandé à l’architecte et aux entreprises de faire dans la dentelle ! »

(*) Le terrain se situe dans un éco­quartier avec un jardin partagé. « On a des idées : un bar associatif, une bibliothèque, des gardes d’enfants partagées, un parcours de santé, on peut inventer », se réjouit Christine. è Plus d’infos. Le blog de La Semblada : lasemblada.blogspot.com.

Nathalie Van Praagh

La Montagne 09/04/2017