14 mai 2017

Sandy Laurore, portrait d'une maraîchère au naturel

Sandy Laurore, portrait d'une maraîchère au naturel
Sandy Laurore dans une de ses serres, au Chazelet, à Vieille-Brioude. © Photo La Ruche

Sandy Laurore s’est installée l’année dernière à Vieille-Brioude en Haute-Loire, après avoir quitté le Puy-de-Dôme. Récit d’une transplantation réussie.

 

Rien ne saurait décourager Sandy Laurore. Optimisme et bonne humeur en bandoulière, la jeune femme suit son bonhomme de chemin dans un milieu agricole pas toujours très facile pour les femmes. D’autant que la puydômoise est ce que l’on a coutume d’appeler une « hors cadre familial ». « Je ne viens pas du tout du milieu agricole. Ma mère est aide­-soignante et mon père était électricien à EDF, explique-­t­-elle. Je parlais beaucoup à mes parents de travailler dans l’agriculture, mais ils ne me voyaient pas là-­dedans. »

> Choisir entre les poules et les salades

Après ses études, Sandy Laurore s’oriente donc vers une carrière de vendeuse­retoucheuse. Une première étape de sa vie qu’elle ne regrette pas, même si aujourd’hui, elle ne touche plus une machine-à-coudre, faute de temps. « J’aimais bien ce métier mais j’avais envie de faire un travail en lien avec la nature. »

Au volant de son tracteur de 1977. Une valeur sûre.

 

Un jour, la belle plante, lassée de vivre hors sol, décide de faire le grand saut : elle va devenir agricultrice. Intéressée de prime abord par l’élevage, elle caresse le projet de se lancer dans les poules pondeuses. « Mais c’est compliqué, en particulier parce qu’il y a beaucoup d’investissement à faire. » Après avoir pesé le pour et le contre, elle fait le choix du maraîchage, plus « light » financièrement.

> L’agriculture comme une évidence

Et voilà la Puydômoise partie au lycée agricole de Brioude­-Bonnefont pour passer un brevet professionnel de maraîchage bio. On est alors en 2008 et la jeune femme ne se doute pas encore que le Brivadois deviendra sa terre d’élection. Ni que le métier qu’elle a choisi n’a rien de facile. « Quand j’ai découvert l’agriculture, j’étais innocente. Faire de façon “naturelle” c’était inné. Du coup, pour moi, le bio, c’était logique. Ce n’est qu’après coup que j’ai découvert que le maraîchage, c’était très technique. »

Après deux années d’études et une première expé­rience en tant que salariée chez un maraîcher, Sandy Laurore s’installe à son compte aux Pradeaux, près d’Issoire. « J’ai fait des erreurs de débutante, avec l’arrosage et le désherbage. Par manque de temps, j’ai perdu des productions entières, gagnées par les herbes ! »

> Le choix de la vente directe

Loin du modèle agricole dominant, Sandy Laurore a fait le choix de la vente directe. Ses légumes, elle les propose aux consommateurs par le biais d’Amap, dans le Puy­deDôme et bien entendu à Brioude. Depuis un mois, elle vient chaque mercredi au foyer-­restaurant pour livrer des paniers à une vingtaine d’amapiens. En plus de la cinquantaine d’amapiens puydômois auxquels elle est restée fidèle. Elle livre également un des magasins bio de Brioude. Et fournit quelques légumes à la cantine scolaire de Vieille­-Brioude.

À l’Amap (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne), Sandy apprécie le contact et la solidarité.

 

« J’aimerais travailler avec d’autres écoles. Pas pour l’argent, car ce n’est pas le plus rentable. Plutôt pour l’éthique. D’ailleurs, j’admire la cuisinière de Vieille­Brioude qui est capable de faire manger du fenouil aux enfants, alors que moi, je n’y arrive pas avec les miens ! » Les cordonniers sont donc bien les plus mal chaussés…

> Un métier physique

Contrairement à l’idée qu’on peut s’en faire, le travail de maraîcher est extrêmement physique. Sandy Laurore le reconnaît, les débuts n’ont pas été simples. « Quand mon père m’a offert mon premier motoculteur, je n’arrivais pas à le tenir. À force, les muscles se font. J’en ai découvert un paquet que je n’imaginais pas ! », rigole ce petit bout de femme. Heureusement, son compagnon lui donne la main pour cultiver ses deux hectares. Des terres pas si faciles à décrocher quand elle a décidé de quitter le Puy­-de­-Dôme. « Je suis très épaulée par mon compagnon. Il me comprend car il est dans l’élevage. Quand je cherchais des terres par ici, il m’a dit “tu trouveras”. Et il avait raison. Mais je crois aussi que j’ai eu de la chance. »

Aujourd’hui, Sandy Laurore est capable de dérouler sans aide les lourdes bâches textiles sur lesquelles poussent salades et courgettes. Mais en ce moment, elle lève un peu le pied. Car sous son grand pull noir s’épanouit un ventre bien rond. Son troisième enfant devrait voir le jour dans quelques semaines. Naîtra-­t-­il dans un chou ou dans une rose ? Ce qui est sûr, c’est que la maternité n’empê­che pas Sandy Laurore de réussir dans son métier. « Aujourd’hui, on a le droit à un congé maternité, grâ­ce à la MSA et au service de remplacement. »

Géraldine Sellès

La Ruche 12/05/2017